Le parent pauvre de l’actualité québécoise – plaidoyer pour une couverture internationale de terrain

Un mendiant afghan. (auteur inconnu)

(Note : Ceci est une analyse partielle visant surtout à générer une discussion. Elle n’a rien d’exhaustif)

On savait déjà que l’actualité internationale avait la vie dure…C’est maintenant quantifié.

Selon Influence Communication, la part de la couverture internationale dans les médias québécois accuse déjà un retard par rapport à l’an dernier, passant de 8,1% en 2011 à un maigre 1,9% en ce début d’année.

En 2010, la proportion était de…8,4%.

Comment expliquer la faible représentativité des nouvelles internationales dans le paysage médiatique québécois?

Influence lance une hypothèse néanmoins intéressante : Les deux dernières années furent exceptionnellement riches en actualité internationale – crise économique, violences en Grèce, printemps arabe, chute de la Libye, fin de la participation canadienne à la guerre en Afghanistan – et le pourcentage revient naturellement plus près de la moyenne de la dernière décennie médiatique, soit 1,8%.

Malheureusement, l’explication n’est que partielle.

Ajoutons trois autres facteurs – la dictature de l’audimat, la rareté des plateformes appropriées et ce que je décrirai comme « la manne des médias sociaux ».

Je ne parlerai pas du cas de Radio-Canada puisqu’il est non seulement un diffuseur public jouissant d’un important financement, mais il est déjà notoire qu’elle possède des correspondants un peu partout. (Ce qui, toutefois, n’explique pas son mutisme par rapport aux violences que connaît le Sénégal.)

D’entrée de jeu, soulignons le fait que le bulletin de nouvelles le plus regardé au Québec – celui de TVA – met l’accent sur l’information locale et régionale, tout comme le journal-amiral de l’empire Quebecor qui n’affecte aucun de ses journalistes à l’international, contrairement à son principal concurrent. Quant au Devoir, il compte non seulement sur les agences de presse mais aussi sur des pigistes, donnant à des journalistes indépendants la chance de « jouer » les grands reporters dans un quotidien de prestige, sans oublier son correspondant à Paris. Le Journal de Montréal est le quotidien le plus lu au Québec. Connue pour orienter le contenu de ses médias selon une ferme logique de marché, l’entreprise de PKP mise donc presque exclusivement sur une information locale, y allant d’une philosophie de proximité basée sur la réception de leur audimat, qui se traduit en cotes d’écoute/ventes/abonnements.

« Les actualités internationales n’intéressent donc que peu de monde », me répondra-t-on.

Je suis d’accord qu’une information locale forte est importante pour bien comprendre notre société. Mais comment se prétendre « citoyens du monde » et ouverts si on ne s’informent pas sur ce qui passe ailleurs?

Le paysage médiatique québécois compte, hélas, peu de magazines consacrés à l’actualité brute et aux reportages internationaux – un seul, en fait, L’Actualité. Peut-être le marché québécois est-il trop petit pour mimer un pays comme la France avec ses Marianne, Le Point, L’Express et autres Nouvel Observateur. Mais même en incluant l’offre pancanadienne, une énumération rapide rajoute sur la pile deux autres magazines majeurs, Maclean’s et The Walrus.

Tous ces médias savaient, jusqu’à tout récemment, qu’une bonne couverture internationale nécessitait le déploiement d’une armée de journalistes et de correspondants au quatre coins du globe. C’était avant l’arrivée des réseaux sociaux. Le tsunami d’informations provenant de partout sur la planète 2.0 – pensons juste au printemps arabe – a peut-être créé chez certains patrons de presse l’illusion que la collecte d’informations à l’étranger via Facebook, Twitter et autres blogues serait la prochaine panacée, bon marché, et difficile à demander mieux comme diversité de sources.

L’imposture de la « blogueuse-syrienne-lesbienne-en-fait-homme-hétéro-bloguant-d’Édimbourgh » est venue à elle seule jeter le seau d’eau au visage d’une planète médias délirante et humiliée après avoir repris son histoire tel quel.

De toute façon, la meilleure lucarne à-travers laquelle observer les grands événements qui bouleversent notre monde est celle de notre propre regard. Les journalistes ont la mission de rapporter ces histoires recueillies des gens qui les vivent, mais non sans en avoir épuré notre propre incompréhension tout en préservant la fraîcheur du témoin en terre inconnue.

AJOUT : Je ne parlerai pas du cas de Radio-Canada puisqu’il est non seulement un diffuseur public jouissant d’un important financement, mais il est déjà notoire qu’elle possède des correspondants un peu partout. (Ce qui, toutefois, n’explique pas son mutisme par rapport aux violences que connaît le Sénégal.)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :