Analyse : les Forces canadiennes en mode « rattrapage »

Les Forces canadiennes sont dépensières, gourmandes et ont l’attention du gouvernement Harper. Certains y voient une recette explosive.

Beaucoup d’encre a coulé la semaine dernière à propos de la hausse probable des dépenses militaires alors que le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, prépare son budget, qui devrait être dévoilé fin mars. L’Institut de recherche et d’information socio-économiques (IRIS) a d’ailleurs publié en février une note tirant la sonnette d’alarme et dénonçant une certaine militarisation du pays sous les Conservateurs.

« Le Canada n’a pas d’ennemis qui menacent ses frontières, et pourtant, le taux de dépenses militaires est beaucoup plus élevé que d’autres pays géo-stratégiquement comparables comme la Suède, la Finlande, le Danemark », a déclaré à l’agence QMI Philippe Hurteau, auteur de l’étude.

C’est peut-être parce que les pays susmentionnés ne sont pas, comme le Canada, en mode « rattrapage ».

Si les Conservateurs ouvrent tant la bourse publique à la défense, c’est sans doute moins par volonté de se lancer dans de grandes campagnes militaires que pour colmater les avaries causées par une décennie de négligence de la part des gouvernements dirigés par le fils spirituel de Trudeau – un anti-militaire notoire -, Jean Chrétien.

Au risque de passer pour un ardent militariste – ce que je ne suis pas – je trouve important d’examiner la question sous une autre loupe et de la relativiser.

– Au cours des années 90, la fin de la Guerre Froide a permis l’encaissement de « dividendes de la paix ». De près de 2%, la part du PIB canadien consacré à la défense a chuté jusqu’à un peu moins de 1,2% en 2004, suite à la fin de l’ère Chrétien ;

– Au même moment où ces coupes furent initiées, le gouvernement libéral a engagé d’importants contingents de troupes dans des missions à l’étranger à un rythme effréné. Guerre du Golfe en 1991. Début de la mission des Nations Unies dans les Balkans en 1992. Somalie, 1992. Haïti, 1996. Timor Oriental, 1999. Ces missions ont par ailleurs coïncidé avec la fermeture des bases de Lahr et Baden, en Allemagne, ainsi qu’au rappel du bataillon d’infanterie en service pour les Nations Unies à Chypre, mais également à d’importantes coupures de personnel, faisant passer de 110 000 à 60 000 le nombre de soldats de la Force Régulière (temps plein) ;

– L’annulation en 1993 du contrat de remplacement des hélicoptères maritimes Sea King – une promesse libérale – a rallongé la durée de service de ces appareils qui avaient alors déjà 30 ans. Ils nécessitent maintenant 40 heures d’entretien pour chaque heure de vol, représentant un important investisement (sans parler des coûts reliés à l’annulation du contrat, estimés à 600 millions de dollars) ;

– Malgré la multiplication du nombre de missions, les coupures de personnel et la désuétude progressive d’un matériel qu’on négligeait de remplacer, les sommes allouées à la défense ont continué de diminuer jusqu’en 2002, début de l’engagement militaire canadien en Afghanistan ;

– La hausse progressive du budget de la défense tient compte des achats à court et moyen terme de totalisant 60 milliards de dollars en remplacement de matériel désuet et usé « à la corde » : avions de chasse, avions de transport, véhicules blindés, navires de guerre ;

– Elle comprend également les coûts de la guerre en Afghanistan (15 milliards) ainsi que les coûts de l’actuelle mission d’entraînement des forces afghanes au nord et dans l’est du pays ; 

– Enfin, selon le document stratégiqueLe Canada d’abord,51% du budget total de la défense est dédié au personnel (salaires, avantages sociaux, services).

Il est donc tentant d’assumer que cette hausse est directement reliée à une volonté par le gouvernement Harper de militariser le pays, surtout quand le pays témoigne, assis aux premières loges, des dérapages patriotiques d’un gouvernement désormais prisonnier de ses obsessions idéologiques et partisanes. Mais il ne faut pas oublier que pour aspirer à réaliser ses ambitions sur la scène internationale, une puissance moyenne comme le Canada doit accepter la règle du jeu voulant qu’une diplomatie forte doit se doter d’un bras armé, peu importe que ce soit le gauche ou le droit.

 

 

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