D’une élite à une autre?

Un des slogans culte des révoltes étudiantes de mai 1968. (Crédit : auteur inconnu)

Tant d’encre – et maintenant un peu de sang – a coulé à propos des actuelles revendications du mouvement étudiant et de la grève subséquente.

Ce qui n’était hier qu’une autre demande un peu corporatiste provenant d’un autre groupe d’intérêt au sein d’une société démocratique se transforme peu à peu, grâce aux bons soins d’un gouvernement commandant un bâillon bien matraqué à ses forces de l’ordre, en véritable combat pour la justice sociale, reléguant le débat sur la hausse des frais de scolarité à l’arrière scène.

Ce qui est, en soi, une bonne chose, le financement des études supérieures n’étant qu’un fragment du puzzle sociétal auquel le Québec est confronté quant à l’avenir de l’éducation postsecondaire.

Je me permets un aparté avant d’entrer dans le vif du sujet : en mai 1968, le cinéaste italien Pier Paolo Pasolini – un socialiste – avait pris le parti des policiers lors de la révolte étudiante, arguant que le policier était le véritable prolétaire dans la confrontation avec les étudiants, de petits bourgeois (en devenir).

Comme il y a maintenant 44 ans, le véritable coupable n’est donc pas nécessairement la police – mis à part les petits chiots fringants qu’on peut voir malaxer leur matraques, lèvres serrées – mais l’utilisation que fait l’appareil étatique du monopole qu’elle exerce sur l’emploi de la force.

« Protéger (les intérêts de l’État) et servir (les intérêts de l’État) »…On peut dire que l’action policière dans cette lutte opposant les étudiants est métaphorique de la fermeture à paliers multiples du gouvernement de John James Charest. Dans cette optique, elle protège les intérêts d’un gouvernement qui, en refilant encore une fois la facture aux citoyens – on doit payer notre juste part, ce qu’on ne fait pas, aux dires même de notre bienveillant grand argentier -, semble moins vouloir vraiment privilégier les classes supérieures que tout simplement ignorer le besoin de favoriser la mobilité sociale avec un accès au haut savoir facilité par des frais abordables jumelés à un programme de prêts et bourses qui n’est pas risiblement lié à la capacité de payer…Des parents.

On cite donc le fameux « modèle suédois » comme un exemple à suivre.

Au delà du fait que la Suède a consenti à des choix de société importants – pensons à la semi-privatisation du système de santé et à la préservation du service militaire obligatoire (ou civil, pour les objecteurs de conscience) -, elle serait également porteuse d’une tradition de sélectivité académique assez stricte, comme en témoigne cette citation du Socialist Education Journal datant d’octobre 2006 :

« Sweden has always had a clear structure of educational elitism and education choice is still today, despite Sweden’s reputation of being a highly democratic country with equal education opportunities, a hot bed of social selection and exclusion despite many years of social democratic government and official policies for educational equality. ‘Normally’ the processes of social selection take place through elite State/municipal schools; i.e. traditional academic, upper-class, former State-run and now municipally run schools in urban regions. But independent schools are increasingly becoming a supplementary feature of middle-(and upper-)class choice. »

Dans une Belle Province où les frais de scolarité seraient très faibles ou même inexistants – la gratuité coûterait environ 600 millions de dollars, selon un calcul considérant 300 000 étudiants de niveaux collégial et universitaire multiplié par une moyenne de 2000$ par an entre les frais de scolarité du cégep et de l’université – supposons que le nombre de places offertes demeure le même qu’actuellement. La demande – le nombre de candidats frappant aux portes des institutions de haut savoir – augmentera forcément.

De cette réflexion surgit une question intéressante : la gratuité scolaire éliminant la prédominance d’une élite économique dans la population étudiante, celle-ci ne se trouverait-elle pas remplacée par une élite intellectuelle?

Remarquez, avoir le choix, je préfère personnellement le second. Mais régler la problématique de la gratuité scolaire soulèvera impérativement d’autres questions, d’autres enjeux.

« Food for thought », comme dirait Shakespeare.

 

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